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« Nous sommes des explorateurs de l’espace »

Thomas Pesquet est à 36 ans le plus jeunes astronautes sélectionné pour effectuer une mission de six mois à bord de la Station spatiale internationale (ISS) en 2016. Ingénieur aéronautique, pilote de ligne et désormais spationaute, il était l’invité d’une visioconférence en direct de l’Agence Spatiale Européenne, en Allemagne et diffusée sur le Campus IONIS du Kremlin Bicêtre le 18 novembre. L’occasion de présenter son parcours à des étudiants de l’IPSA et d’Epitech et de décrire la préparation physique, technique et mentale requise pour partir durant six mois à 400 kilomètres au-dessus de la Terre.

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(Copyright ESA-N. Imbert-Vier, 2014)

Avoir l’habitude du risque dans le « vrai monde »

Les agences spatiales cherchent des profils complets : un parcours académique solide est obligatoire mais pas suffisant. Les ingénieurs ou scientifiques doivent également posséder des qualités opérationnelles, c’est-à-dire avoir l’habitude du risque dans le « vrai monde » que ce soit en tant qu’expert des volcans, pilotes d’essai ou mécanicien en conditions extrêmes, entre autres. Thomas Pesquet continue ainsi de piloter tous les deux mois pour maintenir ses capacités et sa licence. L’aspect international occupe également une place importante. Les membres de l’ISS viennent d’Allemagne, d’Italie de France ou de Russie et chacun doit être capable de communiquer avec les autres, l’apprentissage du russe est d’ailleurs obligatoire. Enfin, des connaissances et un peu de pratique en médecine permettent aux astronautes de réaliser eux-mêmes certains diagnostiques et opérations bénignes (une trachéotomie, par exemple).

« Un coucher de soleil toutes les 45 minutes avec une vue imprenable sur la Terre »

Un voyage dans l’espace s’élabore sur Terre durant plusieurs années et implique un entraînement physique, technique et psychologique. Les conditions dans l’espace sont hostiles et le corps comme l’esprit doivent être prêts à les affronter. Les astronautes sont tout d’abord soumis à des stages de préparation intenses, au travers de sessions d’exercices physiques qui permettent au corps de développer la masse musculaire nécessaire pour supporter les pressions mise en œuvre par l’absence de gravité. Des stages de survie ont lieu durant l’hiver en Sibérie pour habituer les spationautes à se dépasser et à s’acclimater aux exigences extrêmes d’un retour en capsule Soyouz.

Des exercices sont également réalisés dans des conditions imitant la vie dans l’espace. Les vols paraboliques sont effectués dans un avion qui recréé une situation de micropesanteur pendant une vingtaine de secondes. Des sessions de travail avec un scaphandre en piscine permettent d’apprivoiser la combinaison pressurisée qui pèse plus de 200 kilos et donne l’impression « d’être dans un cercueil la première fois qu’on l’enfile ». Les mouvements y sont restreints, une paille dans le casque permet de s’hydrater et l’astronaute est constamment attaché, comme il le serait lors d’une sortie extravéhiculaire (en dehors de la station). Ces opérations dangereuses restent les missions plus extraordinaires vécues par les spationautes : « Imaginez-vous observer un coucher de soleil toutes les 45 minutes avec une vue imprenable sur la Terre ! »

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Enfin, ils sont soumis à des tests de human behaviour afin d’être capables de vivre et de travailler en équipe dans un espace confiné : « Nous nous enfermons dans une grotte pour tester nos limites et celles des autres. Nous avons également vécu neuf jours dans un module sous l’eau pour nous habituer à travailler indépendamment d’un centre de contrôle. »

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(Copyright GCTC)

Un modèle de coopération entre différents pays, entre +150 et -150 °C

La Station spatiale internationale est un modèle de coopération entre différents pays. Grande comme un terrain de football, elle est constituée de quatre laboratoires, un module d’habitation, deux coupoles d’observation, deux sas et un module logistique construit par les européens, qui sert à stocker des denrées et du matériel. La colonne vertébrale de la station se compose de cinq modules pressurisés en enfilade, connecté bout à bout sur une longueur de 50 mètres. La station « flotte » à 400 kilomètres au-dessus de la Terre et tourne en orbite à une vitesse de 28 000 km/h. La température extérieure varie de +150 °C à -150 °C.

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(sources: ISS configuration 2011-05 en.svg)

Il existe deux possibilités pour s’y rendre : un voyage de six heures, rapide mais douloureux et inconfortable ou une expédition de deux jours, plus agréable pour le corps humain. Une fois sur place, les astronautes réalisent des missions scientifiques décidées au préalable avec les agences spatiales. Le rythme quotidien et les horaires sont calés sur le méridien de Greenwich. Les journées débutent à 6 heures pour se finir à 23 heures avec repos le dimanche. Les lumières de la station s’éteignent et s’allument pour recréer la nuit et le jour : à cette orbite, les journées durent 1 heure 30, ce qui correspondrait à 16 nuits par 24 heures. Afin de garder une masse corporelle suffisante, les astronautes doivent obligatoirement faire des exercices physiques pendant deux heures chaque jour.

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(sources et crédits: nasa & spaceflight)

En plus du travail scientifique, les spationautes prennent également part à des missions à l’extérieure de la station, arrimés à un bras robotique, afin d’effectuer des réparations ou des mises à jour. Ces sorties se font en scaphandre, « un véritable vaisseau spatial personnel ». Des véhicules spatiaux de type Soyouz sont utilisés pour le retour sur Terre, un moment difficile pour les membres à bord, la capsule arrivant carbonisée après son passage dans l’atmosphère : « À l’atterrissage, c’est comme si vous étiez en voiture et qu’un autre véhicule venait vous percuter très fort par l’arrière ! ». Il faut ensuite six mois au corps humain pour se remettre d’une telle expédition.

« Faites le plus de choses possibles, ne vous limitez pas à un domaine ou une matière »

Les étudiants, passionnés par la visio-conférence, ont posé de nombreuses questions à Thomas Pesquet. Ils lui ont notamment demandé des conseils pour réussir leurs études. Il a tout d’abord souligné l’importance d’être éclectique : « Faites le plus de choses possibles, ne vous limitez pas à un domaine ou une matière ». Il a ensuite appuyé sur l’obligation de parler une voire plusieurs langues étrangères, « on ne fait rien sans aujourd’hui ». Il a encouragé les étudiants à partir à l’étranger et expérimenter d’autres cultures au travers de séjours académiques, de stages ou même de voyages. Il a rappelé l’importance du travail : il faut dix ans d’entraînement pour passer six mois dans l’espace, on ne réalise de grandes choses qu’en s’investissant entièrement. Il a insisté sur l’équilibre que chacun doit trouver dans sa vie : « J’ai fait du parachute, de la plongée et je vole régulièrement, c’est primordial pour vivre en harmonie avec soi-même et ses ambitions ». « Soyez curieux de tous et de tout » a-t-il conclut.

Thomas-Pesquet---combinaison.jpg(Copyright NASA/ESA-J.Blair)

Plusieurs étudiants l’ont également questionné sur les futures missions spatiales, notamment les vols habités vers Mars. Thomas Pesquet est très clair sur le sujet, ces voyages se feront d’ici une dizaine ou une quinzaine d’années et si on lui proposait de partir demain, il refuserait, les conditions de sécurité n’étant pour le moment pas suffisantes. Quant à l’avenir des agences spatiales qui commencent à entrevoir la concurrence d’entreprises privées, il n’est pas inquiet : « À la manière d’un Christophe Colomb, nous sommes des explorateurs de l’espace. Aujourd’hui nous avons dépassé cette phase de découverte, c’est donc normal que d’autres compagnies s’y rendent, c’est une forme de démocratisation de l’expédition spatiale. »

Pour suivre Thomas Pesquet : @Thom_astro ou thomaspesquet.esa.int

Posté le : 19 novembre 2014