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Edito | Mathématiques et Rapport PISA : Non, les jeunes ne sont pas le problème.

Article publié le 18 septembre 2022

Le 8 septembre, l’OCDE publiait les résultats PISA. Le lendemain, le Grand Palais accueillait le premier Sommet international sur l’espace, à l’initiative du Président de la République.

Vingt-quatre heures d’écart, deux messages presque contradictoires :

D’un côté, la France perd seize points en mathématiques. Beaucoup y liront le niveau des élèves, l’impact des réseaux sociaux, mais ne serait-ce pas plutôt le résultat de trente ans de renoncement ?

De l’autre, une ambition spatiale qui donne à rêver : pas moins de quatre-vingt-dix pays et organisations, vingt milliards d’euros engagés sur le spatial d’ici 2030, et un appel clair à la jeunesse française et européenne pour qu’elle choisisse ce chemin qui participe à notre sécurité et à notre souveraineté.

Anne-Ségolène Abscheidt, Directrice générale

Quand la stratégie industrielle ne rencontre plus les programmes scolaires, en mathématiques notamment

On ne peut pas demander à un pays de viser l’espace et enseigner à ses élèves des mathématiques sans géométrie.

Dans le meilleur cas possible, un élève de terminale qui suit la spécialité mathématiques et l’option mathématiques expertes en 2026 (9 heures par semaine) n’aura vu aucune des notions fondamentales en arrivant dans le supérieur :  Ellipses (comprendre les trajectoires orbitales), barycentres (la stabilité d’un avion ou d’un lanceur), produit vectoriel (la dynamique des systèmes) … Autant de notions dont un lycéen scientifique peut aujourd’hui sortir sans avoir entendu parler. 

Il est frappant de constater que les choix ayant conduit à l’effacement progressif de notions fondamentales n’ont jamais été accompagnés d’une réflexion équivalente sur leurs conséquences pour les filières scientifiques et industrielles. Durant trop d’années, on a pensé les programmes scolaires … sans aucune pensée pour les métiers auxquels ils préparent.

Les coniques et les courbes paramétrées ont quitté les programmes avec la disparition des anciennes séries C et D dans les années 1990. Le produit vectoriel a été progressivement liquidé, au début des années 2000. Les barycentres et les transformations géométriques ? Disparus lors de la réforme de 2012. Celle de 2019 a, quant à elle, supprimé les mathématiques du tronc commun du lycée pendant des années.

Le plus frappant n’est pas le temps de mathématiques en classe. Un élève de terminale C avait, lui aussi, neuf heures de maths par semaine, mais toutes obligatoires et sanctionnées à l’examen du bac.

Restait l’espoir de la refonte en cours, qui atteindra la terminale en 2027. Mais elle n’a ouvert que 7 programmes de mathématiques. Pas celui des mathématiques expertes, le seul qui s’adresse aux élèves visant les études scientifiques les plus exigeantes.

Pris isolément, chacun de ces choix pouvait sembler marginal. Cependant, accumulés sur trois décennies, ils ont conduit à une réduction significative du bagage mathématique de nombreux élèves se destinant, pourtant, aux études scientifiques. Or, la France ne peut pas revendiquer certaines ambitions industrielles tout en affaiblissant les compétences qui les rendent possibles.

Les mathématiques en écoles d’ingénieurs : la quadrature du cercle

En attendant, face à cette lente agonie du niveau de mathématiques, à l’IPSA comme dans d’autres écoles d’ingénieurs, nous faisons notre métier. Nous compensons, nous adaptons, nous rattrapons, nous consolidons. Pas le choix : l’industrie aéronautique et spatiale n’attend pas. Comme les autres. Et toutes demandent des compétences solides.

Nos étudiants nous disent qu’il y a beaucoup trop de mathématiques dans les trois premières années du programme ingénieur. Ils ont raison. Ils voudraient voir plus d’aéronautique, de mécanique du vol ; plus de temps pour monter des projets ou répondre et s’engager sur les challenges proposés.

Mais, après toutes ces années où l’outil mathématique est resté dans l’ombre alors qu’il est essentiel, comment faire autrement ?

Les étudiants ne sont pas le problème. Ils sont juste les premiers à subir les conséquences d’un système qui leur demande toujours davantage, après leur avoir enseigné moins.

Pour tout futur ingénieur, les mathématiques sont la clé pour transformer une passion en métier

Collectivement, nous avons tous la responsabilité d’ouvrir le champ des possibles aux plus jeunes. La baisse structurelle et chronique du niveau des élèves en mathématique revient à fermer des portes à des jeunes passionnés.

Au delà des mathématiques, les matières scientifiques dans leur ensemble sont encore trop peu saisies par les jeunes lycéennes. Et pourtant : la maîtrise des mathématiques est la clé de voute de la construction des réflexions scientifiques. Elle ouvre la porte en grand à la physique, la chimie, l’informatique, l’ingénierie, …

Améliorer les enseignements de suffira pas à remonter le niveau. Il faudra aussi donner envie et faire aimer les mathématiques ou les sciences au plus jeunes. En cela, le rôle des vulgarisateurs scientifique (comme XXX ou YYY) ou des rôles modèles pouvant servir d’exemples (comme Sophie Adenot) est crucial. Ils occuperont une place fondamentale auprès des plus jeunes pour changer la donne à long terme et nous en invitons déjà sur les campus de l’école.

Sans un effort collectif, de l’école de la République, des enseignants, des parents ou de personnalités influentes, les écoles d’ingénieurs ne suffiront pas à compenser la baisse de niveau, pour répondre à une industrie en quête de compétences de pointe. Intelligence artificielle, data, cybersécurité … autant de composantes vitales à nos systèmes complexe qui exigent une maîtrise des sciences fondamentales.

De ce choix de société dépend l’avenir de nos enfants et celui de la compétitivité industrielle française.

Anne-Ségolène Abscheidt
Directrice générale de l’IPSA


Ils font aimer les mathématiques et les sciences (sources IPSA)

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