Bac+3 en aéronautique : ce que le secteur attend des Bachelor IPSA

Le 2 septembre 2026, deux jours après leur rentrée, les étudiants de première année du Bachelor Aéronautique de l’IPSA ont pu échanger avec 4 dirigeants de l’industrie aéronautique, spatiale et de défense. Pendant une heure et demie, sur le campus de Paris-Ivry, ceux-ci sont venus répondre à la question que beaucoup se posaient sans oser la formuler : un diplôme en trois ans, est-ce que cela suffit ?
La réponse, ils l’ont entendue de Benoit Vedel, ancien Directeur Général d’Air Chateaudun, de Pierre Perrocheau, directeur des opérations commerciales et affaires transverses de Naval Group, de Nicolas Jeannée, Vice President 3DEXPERIENCE Edu chez Dassault Systèmes, et de Renaud Bellais, Group Chief Defence Economist de MBDA.
Bachelor – Un profil que l’industrie ne trouve pas ailleurs
Le premier message est venu vite, et il a surpris une partie de la salle. Ce que les entreprises recherchent, ce n’est pas une version abrégée de l’ingénieur. C’est un profil qui n’existe pas ailleurs : à la fois technique et opérationnel, capable de comprendre un système et de le faire fonctionner.
Fort de vingt-cinq ans passés entre le conseil, l’exploitation aéroportuaire et l’industrie, Benoit Vedel a décrit ce positionnement intermédiaire comme une force : savoir tenir une expertise technique tout en assumant une dimension managériale, c’est précisément ce que les organisations peinent à recruter.
Pierre Perrocheau a prolongé l’idée en insistant sur la diversité des parcours dans ses propres équipes — juristes, ingénieurs, commerciaux, profils venus d’horizons inattendus. Recruter partout le même profil, a-t-il expliqué, c’est n’obtenir qu’une seule réponse à chaque problème.
Bachelor – L’alternance, l’élément qui fait la différence
Sur la question de l’employabilité, les quatre intervenants ont convergé sans se concerter. Une expérience réelle en entreprise, pendant les études, pèse plus lourd qu’une année de diplôme supplémentaire.
« Chez Dassault Systèmes, de nombreux apprentis sont gardés en CDI. Si les jeunes ont tendance à aller vers de grandes entreprises, j’invite les étudiants à s’intéresser également aux ETI du secteur. Elles sont très innovantes et permettent de monter vite en responsabilité. » – Nicolas Jeannée, Dassault Systèmes
Renaud Bellais a placé cette réalité dans une perspective plus large, en rappelant la spécificité française : une culture de l’ingénieur très théorique, là où d’autres pays européens font passer leurs étudiants une bonne part de leur temps en entreprise. Le diplôme, a-t-il résumé, n’est pas la compétence.



Un écosystème bien plus large que l’aéronautique
Les étudiants ont découvert que leurs compétences ne les enfermaient pas dans un seul secteur. Naval, spatial, défense, équipements industriels : les mêmes disciplines circulent d’une filière à l’autre. Nicolas Jeannée a illustré ce point d’une manière frappante, en indiquant que la première industrie de Dassault Systèmes en chiffre d’affaires n’est ni l’aéronautique ni l’automobile, mais les sciences de la vie — pour des compétences pourtant très proches.
Pierre Perrocheau a insisté sur une dimension rarement évoquée en école : le maillage territorial. Ces industries sont implantées partout en France, avec des centres de décision hors de Paris. Une carrière peut s’y construire à Brest, à Toulon, à Bourges ou à Toulouse sans jamais plafonner.
« Les réseaux sociaux et le networking vous aideront à passer le filtre des RH. Il faut oser entrer en contact direct avec les entreprises et les professionnels en exercice. » – Pierre Perrocheau, Naval Group

Un secteur qui recrute et qui doit transmettre
Les intervenants ont décrit une même dynamique de fond. Après une longue période de contraction, le secteur est en croissance, dans le civil comme dans la défense. S’y ajoute un enjeu démographique : une part importante des salariés de la filière approche de la retraite, et les compétences accumulées doivent être transmises.
« L’aéronautique, civil ou militaire, est en plein essor. Les étudiants Bachelor de l’IPSA ont de réelles opportunités pour répondre à la croissance, aux enjeux de transmission des compétences ou de souveraineté. » – Renaud Bellais, MBDA
Ce que l’intelligence artificielle change — et ne change pas, même en Bachelor
La discussion s’est prolongée sur l’IA, à l’initiative des étudiants eux-mêmes. Le propos des intervenants a été nuancé et exigeant. Oui, les outils accélèrent considérablement la conception et la simulation. Mais la décision finale, celle qui engage, revient à la personne qui dispose de l’esprit critique et de la compréhension des fondamentaux.
Le conseil le plus concret de la séance est venu de là : ne déléguez pas votre lettre de motivation à une IA. Les recruteurs présents ont expliqué reconnaître immédiatement une candidature non retravaillée — même structure, même formulation, parfois les mêmes chiffres, souvent périmés.
Des conseils que l’on n’entend pas en cours pour le Bachelor
La dernière partie de l’échange a pris la forme d’un vrai dialogue avec la salle. Les intervenants y ont livré des conseils directs, parfois inattendus dans un amphithéâtre :
- Répondre à une offre ne suffit pas : une annonce de stage ou d’alternance peut recevoir plusieurs centaines de candidatures.
- Le contact direct fait la différence — un appel, un message personnalisé, une demande de dix minutes pour comprendre un métier.
- Cibler ses candidatures : postuler partout, sur des sujets sans lien entre eux, se voit et dessert.
- Construire son réseau sans rien attendre en retour ; il apporte des conseils et du recul bien plus qu’un poste.
- Se poser la question du projet, et pas seulement celle du diplôme.
Pierre Perrocheau a également adressé un message direct aux étudiantes de la promotion : leur place dans ces entreprises n’est pas à négocier, et il a invité chacune à ne pas laisser le doute s’installer.
Ce que cette rencontre dit du Bachelor IPSA
Construire une formation professionnalisante suppose un dialogue permanent avec ceux qui recrutent. Cette table ronde en est une illustration, et elle appelle une suite : interventions en cours, projets étudiants, visites de sites, stages et alternance, participation aux instances pédagogiques.
Nos étudiants de première année, eux, ont retenu l’essentiel dès leur deuxième jour : leur profil intéresse l’industrie. Il leur reste trois ans pour transformer cette promesse en compétences.
La réponse, ils ne l’ont pas entendue de leur école. Ils l’ont entendue de Benoit Vedel, Directeur Général d’Air Chateaudun, de Pierre Perrocheau, directeur des opérations commerciales et affaires transverses de Naval Group, de Nicolas Jeannée, Vice President 3DEXPERIENCE Edu chez Dassault Systèmes, et de Renaud Bellais, Group Chief Defence Economist de MBDA. C’était tout l’objet de cette table ronde, organisée dès la première semaine de cours et non en fin de cursus, quand les choix sont déjà faits.






