Skip to content
Vie étudiante

30 ans d’AéroIPSA : l’IPSA a retrouvé son fondateur !

 

Spécialisée dans la conception de lanceurs (l’autre nom donné aux fusées), l’association étudiante AéroIPSA rythme la vie des futurs ingénieurs de l’école depuis 30 ans. En effet, c’est en 1992 que cette association technique phare de l’IPSA a vu le jour, sous l’impulsion d’une poignée d’étudiants motivés, à commencer par Franck Mouriaux (promo 1995), son fondateur. Bien qu’aujourd’hui installé aux États-Unis où il continue de travailler en lien avec le monde de l’air et de l’espace en tant que Chief Technology Officer chez Morf3D, cet Ancien avoue encore garder un œil bienveillant sur les activités d’AéroIPSA. C’est donc tout logiquement qu’il a accepté de revenir sur la genèse de l’association à l’occasion de cet anniversaire célébrant trois décennies de projets passionnants !

 

Alizée Lecleve (IPSA promo 2024) : « Rejoindre une asso comme AéroIPSA, c’est un bon moyen de gagner en expérience ! »

 

Nous sommes en 2022 et l’association AéroIPSA souffle ses 30 bougies. En tant que fondateur, vous attendiez-vous à ce que l’association atteigne un jour cet âge canonique ?

Franck Mouriaux : Franchement, non, mais cela me fait très plaisir ! (rires) D’ailleurs, tous les ans, je me rends sur le site de l’asso pour découvrir les nouveaux projets, voir les résultats des lancements… Je continue à suivre ce qu’il s’y fait !

 

À l’époque, quel était votre objectif en montant cette asso au sein de l’école ?

Franck Mouriaux : Notre but était de pouvoir mettre en application ce qu’on étudiait. Nous faisions beaucoup de choses à l’école, bien sûr, mais pour moi, il manquait alors à l’époque le côté un peu « enzone », pour appliquer directement les connaissances acquises. Construire des fusées était une manière de le faire… et aussi une bonne occasion de se faire plaisir ! Cela a toujours été une passion pour moi et je voulais aussi pouvoir la partager avec d’autres étudiants.

 

30 ans d’AéroIPSA : l’IPSA a retrouvé son fondateur !

Les premières traces de la création de l’association

 

30 ans après, vous être toujours passionné, non ?

Franck Mouriaux : C’est vrai : j’ai fait toute ma carrière dans le domaine du spatial. Et même si, maintenant chez Morf3D, je suis moins dans le côté système et plus dans le côté produit via la production spécifique de pièces en technologie additive, cela concerne toujours l’aéronautique et l’espace. En effet, parmi nos clients, on retrouve toutes les sociétés actives dans le spatial – SpaceX, Rocket Lab, Virgin Orbit, Relativity Space… – ainsi que les autres grosses entreprises américaines travaillant dans la défense comme Boeing ou Lockheed Martin.

 

Que retenez-vous de vos années étudiantes à l’IPSA ?

Franck Mouriaux : Je retiens d’abord les programmes qui nous permettaient d’avoir une vue globale sur tout un ensemble de domaines, de la mécanique de vol à la structure en passant par l’électronique. Posséder des notions sur tous ces systèmes m’a beaucoup servi par la suite quand j’ai commencé à travailler sur des projets de lanceurs ou de satellites. Et puis, à travers AéroIPSA, j’ai pu encore davantage développer la vision d’ingénierie système, mais aussi l’aspect business : il fallait gérer l’association et donc manager les personnes et les projets, trouver des budgets, s’assurer que ces derniers tiennent la route, etc. Cette expérience pratique m’a aussi été très utile au cours de ma carrière ! Enfin, plus généralement, ce que je retiens vraiment de mes années à l’IPSA, ce sont les projets. C’est par la pratique que l’on apprend à gérer le développement d’un projet, à associer toutes les différentes disciplines, savoir comment répondre à telle ou telle spécification et passer les différentes revues de design jusqu’à la phase de lancement, en prenant en compte la production, la validation, les tests et l’exécution. C’est vraiment important pour les ingénieurs d’avoir cette vision globale !

 

30 ans d’AéroIPSA : l’IPSA a retrouvé son fondateur !

En 30 an d’existence, le logo a aussi souvent évolué ! En voici un petit aperçu !

 

Au début des années 1990, la conception assistée par ordinateur n’était pas aussi évoluée ni accessible qu’aujourd’hui. Combien de temps vous prenez la création d’une fusée ?

Franck Mouriaux : Le projet qui a duré le plus longtemps à l’époque, cela doit être Telemach, notre projet de fusée supersonique, qui a duré deux ans, mais sinon, en général, chaque fusée demandait une année de développement. On faisait avec ce qu’on avait de disponible et il n’était pas toujours possible de pousser certains domaines, parce qu’on n’avait pas forcément les outils nécessaires, mais nous disposions déjà de moyens et de méthodes pour solutionner les problèmes. Bon, après, c’est vrai qu’avec les outils actuels, notamment ceux de simulation et de design, nous aurions pu aller beaucoup plus loin ! (rires) De toute façon, cela fait partie des critères et des contraintes qui doivent être pris en compte quand on développe un projet : dans n’importe quelle entreprise, les budgets sont finis et l’on doit faire avec les contraintes de temps et les contraintes technologiques. Cela résume assez bien ce que doit être le rôle de l’ingénieur car c’est à lui prendre en compte ces contraintes pour solutionner les problèmes !

 

Revenons à Morf3D, votre entreprise actuelle. Comment décrieriez-vous son activité ?

Franck Mouriaux : Chez Morf3D, nous faisons de la conception, du design et de la production de pièces pour l’aéronautique et le spatial, en utilisant notamment la technologie « additive métal » mais aussi d’autres technologies de production avancées. Nous faisons beaucoup de simulation de production, de process et de design pour nos clients. Cela représente finalement une palette assez large d’activités. Par exemple, on peut faire ce qu’on appelle du « build to print » – le client arrive avec ses plans et on imprime ses pièces – comme du « build to spec » – le client donne ses spécifications et nous confie ensuite la charge de faire tout ce qui est conception, design, validation et production qualificatif. La particularité de Morf3D est que nous sommes vraiment focalisés dans la production additive métal pour l’industrie aéronautique et spatiale, un secteur pour lequel nous avons développé des méthodes et procédures bien spécifiques – on ne fait pas de médical, ni d’automobile – deux secteurs qui demandent ont aussi des spécifications bien particulières.

 

 

Avez-vous un conseil à donner aux étudiantes et étudiants qui font partie de l’association ? 

Franck Mouriaux : Mon premier conseil est de se faire plaisir, en utilisant les projets pour vraiment apprendre à manager, à appréhender les problèmes, à faire remonter l’information, à trouver des solutions, avec des contraintes techniques, de temps, de budget… c’est une expérience très utile et complémentaire aux cours théoriques. Mon second conseil est de profiter de l’association pour se faire des contacts dans l’industrie. En effet, à travers ces projets, on peut interagir avec d’autres écoles, des sponsors ou encore des entreprises partenaires, notamment de l’air et de l’espace. Il ne faut pas hésiter à échanger avec ces différents interlocuteurs car cela pourra éventuellement vous servir ensuite dans votre carrière !

 

Embarquez donc à bord d’Amorhc, l’une des nombreuses fusées expérimentales conçues par l’association étudiante AéroIPSA, qui a pris son envol lors de l’édition 2022 du C’Space !

 

Appartenir à une association, c’est aussi un bon moyen de se faire remarquer. D’ailleurs, dès ses premières années, AéroIPSA remportait déjà des prix prestigieux…

Franck Mouriaux : C’est vrai ! Nous avons remporté deux prix : l’un remis par l’ONERA (le centre français de recherche aérospatiale) dans le cadre du GIFAS (Groupement Des Industries Françaises Aéronautiques Et Spatiales) ! À l’époque, ces deux entités étaient sponsors de l’Association Nationale Sciences Techniques Jeunesse (soit l’ANSTJ, qui deviendra Planète Sciences à partir de 2002) qui couvrait les activités spatiales auprès des jeunes avec le soutien du CNES (Centre National d’Études Spatiales). Ainsi, chaque année, l’ANSTJ remettait des prix à certains clubs et associations. Pour notre toute première fusée nommée Ulysse, nous avions d’abord reçu un prix de la part de la Société Nationale des Poudres et Explosifs (SNPE), ce qui nous a permis d’avoir un soutien financier non négligeable. Ensuite, nous avons donc obtenus les prix de l’ONERA et du GIFAS pour notre fusée supersonique Telemach. Dans le cadre du GIFAS qui se tenait pendant le Salon du Bourget 1995, l’ONERA a récompensé toutes les études que nous avions menées au niveau aérodynamique sur le développement de la fusée. En effet, il y avait eu plusieurs tentatives de fusée supersonique par le passé qui, malheureusement, avaient échoué pour des problèmes techniques. Nous avions alors passé beaucoup de temps à travailler sur ce projet, notamment en soufflerie, pour essayer de déterminer les interactions entre l’aérodynamique et la structure afin de garantir l’intégrité de la fusée pendant les phases de transsonique et supersonique. Nous avions alors mis au point une solution assez nouvelle, avec des ailerons montés sur un support non fixe, que nous avions validée en soufflerie ! Telemach innovait aussi dans le domaine de l’électronique en embarquant un nouveau système de télémétrie entièrement numérique, ce qui était à la pointe pour l’époque.

Des images d’archive de la remise du prix ONERA à Pierre Butor de Blamont, Olivier Cuggia et Franck Mouriaux, les membres de l’association, lors du Salon du Bourget 1995 ! (cliquez ici pour consulter le document)

 

https://www.ipsa.fr/blogs/2022/08/aeroipsa-association-temoignage-presidente-yes-she-can/